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  • Article publié le 6 juillet 2022
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93 | CGT Territoriaux de Plaine Commune : Évolution du métier de bibliothécaire : LA PERTE DE SENS

Les agent(e)s de Plaine Commune subissent de plein fouet les modifications liées à la transformation de la fonction publique, l’augmentation du temps de travail auquel il faut ajouter pour les agent(e)s des bibliothèques, le travail du dimanche. Ces agent(e)s disent leur ras-le-bol du fait de la dégradation de leurs conditions de travail sans amélioration de leurs revenus. Rien que ceci pourrait expliquer les départs massifs du réseau et les difficultés du recrutement mais il faut y ajouter la perte de sens au travail liée à une incompréhensible évolution du métier de bibliothécaire.

Encadrement : du professionnel du livre au gestionnaire d’équipe

Cette incompréhension débute par le changement d’encadrement. Nos cadres, appelés managers comme dans le privé, sont plus des professionnel(le)s de la gestion d’équipe que des professionnel(le)s du livre. Par exemple, une responsable de médiathèques de quartier affirme que la médiathèque centrale doit être la priorité, sans jamais s’intéresser au livre comme outil émancipateur. De plus, les agent(e)s de catégorie C ne sont plus concerté(e)s sur les acquisitions de documents ou sur les actions culturelles mais sont devenus des agents d’exécution. L’augmentation des départs fait que les agent(e)s C restant forment les nouvelles recrues mais n’ont pas leur avis à donner quant au projet de lecture publique. Le projet de service ne laisse pas de temps aux agent(e)s pour consulter les nouveautés, ce qui ne facilite pas la connaissance des fonds et le conseil au lecteur. Mais peut-être que cela n’a plus d’importance dans les bibliothèques de Plaine Commune ?

Lecture publique : désintérêt croissant pour les documents

Le budget des acquisitions ne cesse de baisser. Il baisse d’ailleurs plus pour les petites bibliothèques du réseau que pour celles de centre-ville. Les bibliothécaires qui travaillent depuis plus d’une décennie sur le réseau peuvent se souvenir d’une formation expliquant qu’il fallait « laisser tomber les documents », que le livre « n’est plus le cœur du métier ».

C’est aujourd’hui chose faite, puisque nous ne travaillons plus dans des bibliothèques mais dans des médiathèques et que les collections de documents de la médiathèque Annie Ernaux de Villetaneuse, ouverte en mars dernier, occupent à peine 20% de la surface destinée à accueillir du public. Le réseau des bibliothèques court après la culture du chiffre : nombre de visites, nombre de prêts et de réservation. Mais un travail vraiment émancipateur avec les lecteur(trice)s et les usager(e)s de tous âges et de tous milieux ne peut simplement être comptabilisé, c’est un travail lent et patient avec les utilisateur(trice)s des bibliothèques, un travail d’échange qui prend du temps. Mais ce temps n’est pas accordé aux agent(e)s car les encadrant(e)s ont des objectifs chiffrés sans doute nécessaires aux élu-e-s pour justifier leur maigre investissement. Mais pendant ce temps, ces mêmes élu(e)s continuent leur politique de pressurisation du personnel : faire plus avec moins est devenu la devise du service public.

Abandon du rôle émancipateur de la culture au profit du divertissement

Qu’en est-il de l’offre culturelle faite aux habitant(e)s du territoire ? Dans un souci d’accessibilité, les ouvrages dit « tout public » sont une priorité surtout dans les petites médiathèques, on cherche là le projet émancipateur, c’est à la limite du mépris de classe. De plus, dans un souci de pluralité ou de neutralité, les livres de Zemmour et Le Pen ont été achetés dans les bibliothèques de Plaine Commune. Pendant ce temps, en Seine-Saint-Denis le réseau des bibliothèques Est-Ensemble organisait en avril une rencontre sur le thème : « La Fabrique des manipulations et le langage de l’extrême-droite ». L’esprit critique est-il banni de Plaine Commune par souci de pluralité ou de neutralité ?

Enfin, les bibliothécaires qui assurent à la population du territoire un accès gratuit et sans discrimination à la culture voient depuis des années les actions culturelles devenir de simples animations servant à divertir les usagers. On est loin de l’idée d’éducation populaire et de l’émancipation par la culture. Le réseau de bibliothèques tend à prendre les usagers de moins en moins pour des citoyens construisant leur savoir et de plus en plus pour des consommateurs de biens culturels. C’est bien le projet de la nouvelle présidence de Plaine Commune qui diminue les horaires d’ouverture des bibliothèques de quartier, et donc les accueils de classes, pour ouvrir les médiathèques de centre-ville le dimanche avec de grandes animations. Nos actions culturelles s’apparentent de plus en plus à du divertissement, ce qui est tout à fait acceptable dans un parc d’attraction mais bien moins compréhensible dans une bibliothèque.

Le malaise des bibliothécaires ne vient donc pas seulement des conditions de travail mais aussi de la perte de sens au travail. Non seulement les bibliothécaires doivent voir leurs revenus augmentés et leur temps de travail diminué mais il faut aussi repenser l’encadrement et les missions. Une solution serait la mise en place d’états généraux de la lecture publique pour remettre à plat le fonctionnement du métier et construire un projet émancipateur sans tomber dans l’élitisme ou la culture de masse. Pour que ce travail retrouve du sens, le projet de lecture publique ne doit pas être laissé aux élu-e-s et aux encadrant-e-s, mais il doit être co-construit avec les habitant-e-s et les agent-e-s des bibliothèques.

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