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  • Article publié le 13 mai 2020
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"Je suis très inquiet d’une possible contamination des rats au Covid-19 via leurs déjections" Claude Danglot, médecin biologiste

Les égoutiers de la Ville de Paris ont démarré une grève perlée, renouvelable, du 11 au 30 mai. Entretien avec Claude Danglot, médecin biologiste, qui demande à la Ville de les doter d’équipements de protection, mais aussi d’engager des études sur la contagiosité du Covid-19 à partir des eaux usées.

Médecin biologiste, ingénieur hydrologue, aujourd’hui à la retraite, Claude Danglot est un ancien responsable de la recherche en biologie au Centre de recherche et contrôle des eaux de Paris (ex-CRECEP). Il a également suivi médicalement durant sept ans les personnels des égouts et de la propreté de Paris.

Les égoutiers sont-ils particulièrement à risque face au coronavirus ?
Claude Danglot : Que les égoutiers de la Ville lumière soient massivement infectés par un virus comme le coronavirus, présent dans les matières fécales, n’a rien d’étonnant. La maladie du Covid-19 a deux phases, la première est aéro-respiratoire, la seconde, qui dure une vingtaine de jours, est une phase digestive, durant laquelle le virus se multiplie dans les intestins et se retrouve naturellement dans les égouts. Plutôt que de se morfondre de l’odeur nauséabonde de souffre qui a pollué Paris, Emmanuel Grégoire devrait se pencher sur une question sanitaire autrement plus importante pour les Parisiens : les 1.5 x 10^6 génomes/L de SARS-Cov-2 que véhiculent les eaux d’égouts de la capitale (mais c’est aussi le cas ailleurs). Comme médecin du travail à la Ville de Paris, j’ai suivi ces personnels qui interviennent dans les égouts. Ils sont confrontés à de nombreux pathogènes, et disposent d’une espérance de vie de sept ans inférieure à la moyenne.

Mais ces eaux usées sont traitées. Le virus disparait-il ?
Après leur traitement dans les usines du SIAAP et leur rejet dans la Seine, on observe, non pas une disparition du virus, mais une dilution. Puisée dans la Seine, l’eau brute du réseau d’eau non potable, parallèle à celui potable, affiche encore des concentrations de morceaux de virus à raison de 1.000 unités de génome par litre. C’est mille fois moins, mais cela n’a rien de négligeable, on s’inquiétait de concentration 1.000 fois moins importante pour le virus de la polio il y a encore peu de temps.

Problème : la mairie se sert de cette eau brute pour le nettoyage des trottoirs et l’arrosage des jardins. Dangereux en temps ordinaire comme je l’avais montré quand j’exerçais au Centre de recherche et contrôle des eaux de Paris, la vaporisation par Karcher de cette eau l’est encore davantage avec la présence du SARS-Cov-2 qui se retrouve sous forme d’un nuage en suspension prêt à franchir les portes d’entrées de nos corps que sont nos yeux et nos voies respiratoires. Si la mairie a décidé de stopper l’usage sous pression, après que la presse ait évoqué le sujet, elle continue de nettoyer la ville avec cette eau, pour quelques maigres économies. C’est absurde : les communes de la première couronne, comme les pompiers de Paris, utilisent de l’eau potable désormais. Il est également absurde que la régie eaux de Paris n’ait pas d’ores et déjà fourni des lunettes de protections aux égoutiers.

Lors du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, la Mairie de Paris n’a pas donné suite aux demandes d’études. Lesquelles ?
Niet aux études, mais ce fut niet aussi pour de simples lunettes. Tout ça pour des économies de bout de chandelle : le prix de ces protections sur une année, ne représente même pas le prix d’une journée en réanimation. Prévenir plutôt que guérir, c’est pourtant une équation simple et toujours gagnante.

Pour ce qui est des études, une en particulier me semble urgente. Nous savons que les égouts, mais aussi l’eau brute, sont infectés par du génome de SARS-Cov-2. La question est : parmi ces morceaux d’ARN, combien sont le fait de virus entier, actif, et donc des agents infectieux ? Cette mesure d’infectiosité n’a rien de sorcier. On sait faire, notamment à l’institut Pasteur. C’est important, pas seulement pour les égoutiers, mais pour tout le monde, et pas qu’à Paris.

D’autres études vous semblent-elles nécessaires ?
Oui. Je suis très inquiet sur une possible contamination des rats via leurs déjections fécales, faisant des trois millions de rongeurs de la capitale une sorte de réservoir permanent de la maladie. Il faut absolument tester cette possibilité. D’abord parce qu’on ne sait pas si les rats se comportent comme les porcs ou les poulets, des animaux qui ne sont pas infectés par le virus, ou si à l’instar des chats et des furets, ils y sont sensibles. Et il y a des chances qu’ils le soient au sens où ils disposent de la même porte d’entrée biochimique au niveau cellulaire que les humains : la molécule ACE2. Il suffirait de capturer et de tester quelques animaux pour le savoir. Il faudrait analyser, non les matières fécales émises, mais de procéder directement par écouvillonnage PCR du rectum des rats. Cela a un coût nul, pourquoi ne le fait on pas ? Cette hypothèse est renforcée par la découverte de ce que les rats, via leur fèces, semblent bien être les vecteurs de la transmission à des humain de l’hépatite E, comme on vient de le découvrir à Hong Kong.



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