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L’Institut d’Histoire Sociale

  • Article publié le 23 mai 2022
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La Commune, un espoir tenace

Joël Ragonneau Coprésident des Amies et amis de la Commune de Paris 1871 :
« Les derniers combattants de la Commune, femmes et enfants compris, sont conduits en haut du cimetière du Père-Lachaise, près de Charonne. Alignés le dos au mur, ils sont exterminés par les mitrailleuses des versaillais. Leurs corps tombent dans une tranchée creusée à leurs pieds », écrira Jules Vallès. C’était le 28 mai 1871.

Le cimetière du Père-Lachaise est l’un des derniers lieux de résistance de la Commune. Le 21 mai, Thiers lance la charge contre les communards. La tuerie des fédérés ponctue une semaine de massacres. Elle restera, pour les siècles à venir, la « semaine sanglante ».

Le dernier jour de la Commune, plus de 200 communards sont fusillés contre l’enceinte du cimetière qu’on appelle depuis le « mur des Fédérés ». Dès l’automne 1871, des mains anonymes jetteront des fleurs sur leur fosse commune. Le rendez-vous a survécu à toutes les guerres, tous les régimes.

Le 23 mai 1880, se déroule le premier défilé devant le mur. Depuis lors, il est de tradition de venir accrocher un œillet rouge dans le lierre du mur des Fédérés.
Ce mur est devenu au fil du temps un haut lieu de la mémoire collective. Il symbolise les luttes pour la liberté, le progrès social, mais aussi toutes les résistances. Ce n’est pas un hasard si les plus importantes manifestations devant le mur correspondent à des moments forts de revendications populaires. En 1936, le 24 mai, 600 000 personnes y défilent. Sous l’Occupation, l’idée de résistance s’y manifeste par des signes ostentatoires, par exemple des jets de fleurs. Sans oublier l’importante montée au mur de 1945, associant victimes du nazisme à celles de la Commune.

Et puis, il y a eu, dans le cadre du 150e anniversaire de la Commune, la montée au mur des Fédérés 2021. Elle restera dans les annales. Cela faisait des semaines que le collectif Commune 150 ans, constitué à l’appel de l’association des Amies et Amis de la Commune de Paris 1871 et rassemblant plus de 100 organisations, travaillait à faire de la montée au mur 2021 un événement exceptionnel. Mais nous étions dans l’expectative, s’agissant à la fois des autorisations nécessaires, incertaines en ces temps de pandémie, et surtout de la mobilisation. Résultat : un long cortège de 15 000 personnes a submergé l’avenue de la République et l’avenue Gambetta jusqu’à l’entrée du Père-Lachaise. En 2022, la devise « Liberté, égalité, fraternité » semble avoir fui notre République. L’autre, l’étranger, est rejeté. Le capital et la finance imposent leurs dures lois. Alors oui, il est grand temps de faire connaître la Commune. C’est pourquoi notre association, dont nous fêtons cette année le 140e anniversaire, souhaite réitérer avec tous ceux qui le souhaitent une manifestation analogue à celle de 2021.

« Le printemps est évident », écrivait Rimbaud à propos de la Commune. Un printemps politique et social, le temps d’une saison à peine, avant de s’achever tragiquement au mois de mai 1871. Mais soixante-douze jours durant, le drapeau rouge a flotté sur l’Hôtel de Ville et, pour la première fois, la classe ouvrière a pris toute sa place au sein d’un gouvernement patriotique et démocratique. Dans un espace concentré, Paris, une démocratie inédite s’appuyant sur une mobilisation populaire de tous les instants a mis en œuvre un programme visant à refonder la société en lui donnant la justice et l’égalité comme piliers.

Conjuguer le passé et le présent, ce n’est pas seulement affirmer que la Commune n’est pas morte. C’est aussi mettre en valeur les luttes actuelles porteuses d’objectifs de transformation sociale pour rendre la société plus humaine et plus solidaire. Il nous faudra inventer comme la Commune l’a fait.

Ne cherchons pas à la copier à la lettre. Mais, plus que jamais, son état d’esprit doit nous éclairer. Fêter le 140e anniversaire de notre association, c’est aussi participer à l’élan vital qui parcourt notre société vers ce but : bâtir une société démocratique et faire qu’unis nous soyons assez nombreux et assez forts pour y parvenir ! Alors que les héritiers des versaillais aboient plus que jamais, quand tant de nuages sombres planent sur la démocratie, la Commune reste un point de repère. Qu’elle mobilise toujours si fortement autour d’elle est une chance. C’est un salut pour l’avenir. Nous pouvons donc, plus que jamais, pousser le cri historique : vive la Commune !

https://www.commune1871.org/association



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